Tout au long du voyage en tracteur, quand l’œil n’est pas rivé à l’appareil photo, il voit, au loin notre destination. Un tas de sable, un roc, une péninsule ? Une masse noire échevelée de verdure rase, un oasis sombre perdu aux confins d’une plage ébène, un bout de terre qui touche les nuages ayant condescendu à descendre jusqu’à le caresser.
C’est pour ce bout de terre, agressé par les flots et snobé par la plage ténébreuse, que nous sommes venus.
Le tracteur se gare au pied du monticule dont nous entamons l’ascension, du moins nous trois, notre petit garçon de 3 ans se contentant lui, de la commenter bien niché dans les bras de son « papa d’amour que j’aime beaucoup énormément » (Réfléchissez y et si vous connaissez un usager de transports – taxi, tramway, bus – aussi obséquieux, présentez-le moi).
Le guide-paysan nous abreuve de consignes dont celle, impérative de ne pas s’éloigner du groupe car les espèces de goélands (je ne sais plus leur nom) se sentant agressés par notre intrusion et craignant pour leurs petits, se tiennent craintivement à distance du groupe, non sans le survoler à moins de cinquante centimètres, et n’hésitent pas à attaquer les membres isolés. Alfred Hitchcock est de retour. Loubin enfin décidé (euh, obligé serait le terme idoine) à marcher et s’étant éloigné du groupe, je le rattrape avant que sa jolie bouille ne soit ravagée par un terroriste ailé et lui donne ainsi (à Loubin, pas au terroriste) un motif pour demeurer bien calé dans mes bras. Et voilà, fini la marche. Merci Papa chéri d’amour que j’aime.
Finalement, les oiseaux de cette île sont plus paisibles que ceux du maitre du suspense, en témoigne la possibilité d’approcher à moins d’un mètre des oisillons à peine sortis de l’œuf.
La ballade se poursuit, entre moutons qui paressent et falaises abruptes.
Puis, enfin, nous l’apercevons celui pour qui (oui vous avez bien lui « qui » et non « lequel ») nous sommes venus : le macareux.
Animal symbole de l’Islande, tout habillé en tenue de soirée, seules les extrémités étincelant d’orange, ce petit bout d’oiseau, ce petit chenapan se joue de mon appareil photo. Il vole en frôlant la paroi rocheuse, s’ingéniant à reprendre toujours le même schéma de vol et choisissant, sans doute délibérément ou du moins en ai-je l’impression, d’accélérer son vol au moment où il entre dans mon champ de vision. Il m’interdit, de fait, une photo nette et ce bien que je l’eu, bien pacifiquement, mitraillé (si, si, quelques jours après la tuerie de CHARLIE HEBDO, je vous assure, on peut mitrailler pacifiquement et en plus pour faire de l’art ou presque car je n’aurai pas la prétention de qualifier d’art mes travaux photographiques).
Il n’a l’air de rien ce macareux et pourtant il vous incite à l’anthropomorphisme (d’où le « qui » un peu plus haut. Admirez la cohérence J ), comme si à le regarder on l’entendait vous supplier de tout faire pour le préserver et de se contenter de l’admirer sans lui nuire.
Les enfants adorent. Les parents n’en sont pas loin.
La promenade s’achève dans la sérénité. Le tracteur cahote, la grève de sable noir s’étiole. Le macareux facétieux doit se reposer en attendant de reprendre son numéro devant le prochain groupe de touristes. Super comédien, je lui décerne un CESAR voire un OSCAR.