Voici un des seuls mots islandais que nous connaissions tous. C’est même un nom propre et on peut même affirmer que c’est du nom propre qu’est né le nom commun.
GEYSER. Bien entendu tout le monde sait de quoi il en retourne. A l’ère de l’internet, nous avons dans la tête quelques images qui trainent. Mais entendre Loubin, du haut de ses 4 ans, expliquer à son arrière-grand-mère maternelle (de 85 ans), ce qu’est un geyser à elle qui l’ignore. Le voir, à grand renfort de gestes et d’onomatopées, mimer l’eau qui bouillonne puis jaillit, rien que pour cette scène il ne faut pas passer à côté du site de Geyser.
Quand bien même le souffre vous sort par les oreilles (il rentre par les narines et croyez-moi, à certains endroits en Islande vous ne pouvez pas l’ignorer), le détour vous gravera au fond des yeux des images surprenantes. Et du souffre au fond des bronches.
Car voir un geyser est un spectacle unique et remarquable. Si vous avez de la chance ou de la patience, vous profiterez peut être de l’homérique jaillissement de celui qu’on nomme GEYSER, lui dont la gerbe d’eau bouillante culmine jusqu’à 80 mètres mais qui, comme toute star, sait se faire attendre puisqu’il ne se produit en spectacle que toutes les 90 minutes environ.
Plus régulier, moins avare de ses éruptions, mais plus modeste (20 mètres d’éjaculation tout de même), son voisin se produit toutes les 10 minutes. Au pays des viking, voilà une régularité d’horloge suisse appréciable.
Et le voilà.
Je gis couché, calme, sans bruit, tranquille puis, sans crier garde, je « géysie ».
Je « géysie », un peu, beaucoup, passionnément, à la folie et je m’expulse de la terre en un souffle d’eau chaude incandescent et vaporeux. Et je joue de l’impatience des spectateurs qui, bras tendus l’œil rivé à leur appareil photo, patientent de longues minutes jusqu’à être fourbus de crampes, reposent leurs muscles et l’appareil photo, et là sans prémices, sans le moindre signe annonciateur, j’explose en une énorme éjaculation ou flatulence (je vous laisse le choix selon votre appréciation) tellurique.
Mon spectateur n’a pas su prendre de photos, qu’à cela ne tienne, je reviens dans quelques minutes. Et puis, rien que pour l’agacer un peu plus, finalement je m’expulse dès la minute suivante. Et pan, dans le bec pour la régularité d'horloge suisse !!!
Je suis un éjaculateur féroce, un dieu enfoui qui copule la terre, un volcan en sommeil qui rappelle aux hommes qu’il est le seul maitre de ses éruptions et de leurs destins.
Et ça, ils ont souvent tendance à l’oublier.