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New-York, Islande : chroniques voyageuses
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Une messe qui vous laisse sur les fesses

Une messe qui vous laisse sur les fesses

En préalable à cet article, je dois préciser qu’après avoir été "ultra-catholisé" jusqu’à mes 14 ans, je suis depuis devenu athée, le demeure et le revendique.

Mais, une messe à Harlem, un dimanche matin, serait presque pour vous donner la foi.

A chacun sa quête de nourriture : Paris accueille autant de boulangeries qu’Harlem d’églises.  A chaque angle de rue, un temple dresse ses colonnes ou ouvre ses portes.  De toutes parts, des fidèles affluent  ainsi que nous, en touristes (à bien y regarder, beaucoup de fidèles sont des touristes.  A y regarder encore de plus près, c’est peut-être même une majorité. Comme quoi, la piété est touristique).

Nous jetons notre dévolu sur Mont Olivet Baptist Church. Quand nous nous installons sur les bancs de bois, l’église est vide. Le doute nous saisit que le seul dimanche de notre séjour ne se solde par une messe ordinaire à laquelle, en France, nous ne voudrions pas assister.

Les dorures se disputent aux boiseries. Au fond de l’abside, un portique de marbre encadre une porte d’or. Ici siège le Dieu qu’ils honorent. Des mots gravées en lettres mordorées en témoignent : " Jehovah is in holly temple ; be silent before him, all the earth.".

Surplombant l’ensemble, une croix d’ampoules attire l’œil comme le ferait un feu sacré. Mon regard y reste scotché, presqu’hypnotisé. 

Dans un coin de l’église, un trio – piano, batterie, basse – s’installe. Au fond de la nef, des hommes et des femmes, noirs, se rassemblent. Dans ce groupe, des femmes toutes de blanc vêtues, y compris jusqu’aux mains gantées, sont préposées aux bons services de l’office.  Les autres membres du groupe, habillés de noir, avec pour les hommes un soupçon de couleurs au niveau de la cravate, se mettent en file indienne et s’avancent, dans l’allée centrale, en une marche saccadée mais rythmée,  pas à pas, les bouches emplies de chants et de ferveur. Le trio de musicien s’ébranle. Le solennel silence du lieu n’est plus. Alleluiah !!!

La musique sature l’édifice de notes. La basse s’harmonise avec les battements de mon cœur. Le piano diffuse ses accords de blues. Le chœur des paroissiens s’époumone. Le Gospel imprègne l’air ambiant. Je respire différemment : oxygène, azote, gospel plus quelques gaz rares !!

Les orateurs se succèdent au micro. Allocutions brèves auxquelles le public répond  par des cris d’assentiment. Les corps s’agitent, les langues se délient. Le chant revient. Trois jeunes filles, adolescentes, ondulent sur scène et répandent leur voix cristallines chargées de blues jusqu’aux peintures murales. Le public se lève, tape des mains, marmonne puis commence de chanter. Un homme, voix gutturale, scande l’Evangile et le nom de Dieu. Il bât la mesure. Nous le suivons. Il chante et crie « JESUS » et le public répond d’un « YES » tonitruant. Même athée, je me prends au jeu. Dieu s’immisce dans la gorge des plus agnostiques, de ceux qui ignoraient que leur voix put ne pas être impénétrable au divin.

Les vielles femmes noires, endimanchées,  voix éraillées, se donnent au chant comme s’il surgissait de leurs entrailles, comme si leur ferveur s’y était réfugiée. La dilection (Définition : Amour pur et sincère) qu’elles portent à Dieu s’exprime dans leur mélopée.

Messe entrainante, fougueuse, passionnée, fervente, sans fard, comme si la vie des chanteurs en dépendait. Quel remarquable abandon à Dieu. L’humanité repentante à des leçons à prendre auprès de cette communauté chantante.

Le public, majoritairement constitué de touristes sans doute athées, se prend au spectacle, applaudit, chante, se dandine et retrouve une foi oubliée. Les poils se dressent sur les bras.

Applaudirions-nous si nous comprenions les paroles chantées ? Chanteriez-vous, en français, avec un chœur qui hurle que Dieu a fait le monde en sept jours ? Cette messe à Harlem a cette magie qu’elle est rythmée et enveloppée du mystère divin des paroles que nous ne comprenons pas. BRASSENS avait raison quand il chantait que « Ils ne savent pas ce qu’ils perdent, sans le latin, sans le latin, la messe nous emmerde ». (http://www.dailymotion.com/video/xrp1pp_tempete-dans-un-benitier_webcam ).

Je ne peux m’empêcher de me demander ce qui se passe si on demande un bis. Est-ce Dieu lui-même qui finit le tour de chant en poussant la chansonnette ? 

La cérémonie se poursuit dans la fraternité d’une poignée de main collective. Le show est remarquablement rodé. J’ai dû sentir ma main serrée une vingtaine de fois par tous les paroissiens et chanteurs faisant le tour de l’église et s’enquérant de saluer tout le monde.

Puis vient la quête, pour laquelle nous nous montrons tous généreux. Les assistantes passent dans la foule avec des corbeilles qui se garnissent de billets jusqu’à former un monticule que le moindre souffle menace de faire tomber.

Les corbeilles pleines, les percepteurs du denier du culte, marquent une pause de presqu’une minute devant l’autel. Le second dieu du pays a aussi droit à son instant de vénération et de recueillement.

Dès lors, la messe perd en intensité. Le prêche commence, les rangs se vident. La parole de Dieu ne pénètre plus. La quête a été faite, l’essentiel est sauf. Nous cédons également et au bout de vingt minutes nous nous éclipsons discrètement pour retrouver le soleil d’Harlem et visiter le quartier. Mais ça, c’est une autre aventure.

 

Une des multiples églises d'HARLEM

Une des multiples églises d'HARLEM